Thomas Piketty : la dette grecque ; l’hypocrisie allemande

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Titres | Oeconomie grecque

La Grèce et sa dette | Petit guide sur les idées reçues

Thomas Piketty explique pourquoi les Allemands sont massivement hypocrites à propos de la dette de la Grèce

Slate | Jordan Weissmann | 2015 07 06 |
Interview publié par le journal allemand Die Zeit | 2015 06 27 |
Traduit en anglais par Gavin Schalliol | Traduit en français via googleTrad/Luc A. 2015 07 06 |

Bien sûr, Thomas Piketty revient souvent dans les conversations au sujet de l’inégalité des revenus ; c’est qu’il excelle à mettre les questions économiques dans le contexte de l’histoire mondiale et a des opinions très arrêtées sur la folie qui transpire actuellement en Europe sur la Grèce. Dans une interview publié par le journal allemand Die Zeit, traduit en par Gavin Schalliol ( Slate ), il explique pourquoi l’Union européenne qui exige que la Grèce rembourse intégralement ses dettes cette exigence est hypocrite, surtout venant d’Allemagne le champion du 20e siècle pour l’annulation de ses dettes.

    ZEIT: Mais ne devraient-ils rembourser leurs dettes?

    Piketty: Mon livre raconte l’histoire du revenu et de la richesse, y compris celui et celle des nations. Ce qui m’a frappé pendant que je l’écrivais est que l’Allemagne est vraiment le meilleur exemple d’un pays qui, tout au long de son histoire, n’a jamais remboursé sa dette extérieure. Ni après la première, ni après la Seconde Guerre mondiale. Cependant, elle a souvent exigée que d’autres nations paient totalement leur dette extérieure, comme après la guerre franco-prussienne de 1870, quand elle a exigé des réparations massives en provenance de France et qui les a reçues. L’Etat français a souffert pendant des décennies sous cette dette. L’histoire de la dette publique est pleine d’ironie. Elle suit rarement nos idées d’ordre et de la justice.

    ZEIT: Mais sûrement, nous ne pouvons pas en tirer la conclusion que nous ne pouvons pas faire mieux aujourd’hui?

    Piketty: Quand j’entends les Allemands dire qu’ils maintiennent une position très morale sur la dette et croient fermement que les dettes doivent être remboursées, alors je me dis : ,mais quelle vaste blague ! L’Allemagne est le pays qui n’a jamais remboursé ses dettes. Il n’a pas qualité pour donner des leçons de morales aux autres nations.

Plus tard dans l’entrevue, Piketty explique qu’il y a deux façons pour un pays de se libérer de la charge d’une dette insupportable. Soit il peut prendre la longue et lente route pour minutieusement rembourser ce qu’il doit, peu à peu, ce que la Grande-Bretagne a fait après avoir emprunté pour combattre Napoléon, ou il peut utiliser une combinaison de l’inflation, les impôts sur la richesse privée, et un peu d’allégement de la dette, comme l’Allemagne d’après-guerre a pu le faire, comme la France.

    Piketty: Après la fin de la guerre en 1945, la dette de l’Allemagne s’est élevée à plus de 200% de son PIB. Dix ans plus tard, en restait qu’une fraction : la dette publique était inférieure à 20% du PIB. Vers la même époque, la France a réussi un redressement artistique similaire. Nous ne l’aurions jamais réussi cette réduction incroyablement rapide de la dette à travers la discipline budgétaire que nous recommandons aujourd’hui à la Grèce. Au lieu de cela, nos États doivent employer la deuxième méthode avec les trois composantes que je l’ai mentionné, y compris l’allégement de la dette. Pensez à l’Accord de Londres sur les dettes de 1953, où 60% de la dette étrangère de l’Allemagne a été annulé et ses dettes internes ont été restructurés.

L’intégralité de l’interview est intéressant à lire. Piketty fait valoir que toute l’Europe a besoin de tenir une conférence afin de restructurer ses dettes d’une manière durable, non seulement la Grèce, mais l’ensemble de la région. Fantaisiste? Peut-être. Mais ce serait presque certainement plus productif que ce qui est fait en ce moment.

Lire plus via les pavés sur la crise financière grecque.

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Dans Slate.fr | repéré par Jean-Laurent Cassely

Piketty, l’un des économistes les plus influents au monde depuis le succès de son analyse historique des inégalités, Le Capital au XXIe siècle, prend clairement partie pour une restructuration de la dette grecque, jugeant que maintenir les Grecs dans l’austérité est une solution intenable et injuste.

«Le pardon de la dette»

Alors que le journaliste revient à la charge –«Donc vous nous expliquez que le miracle économique allemand était basé sur la même sorte d’aide que nous refusons à la Grèce aujourd’hui?», Piketty répond: «Exactement.» France comme Allemagne ont fait baisser leur dette après guerre en employant trois outils conjoints, poursuit-il: l’inflation, un impôt sur la richesse privée et une restructuration de leur dette.

Nous ne pouvons demander à ce que
les nouvelles générations payent
pour les erreurs de leurs parents.

« L’Europe a été fondée sur le pardon
de la dette et l’investissement dans le futu
r.

Pas sur l’idée d’une pénitence infinie.
Nous devons nous souvenir de cela. »

Thomas Piketty, économiste

«Nous ne pouvons demander à ce que les nouvelles générations doivent payer pendant des décennies pour les erreurs de leurs parents. Les Grecs ont fait, sans le moindre doute, de grosses erreurs.» Mais selon l’économiste, faire porter aujourd’hui le poids de la dette sur la jeune génération serait revenu hier à punir les jeunes générations allemandes des années d’après-guerre.

Thomas Piketty propose une conférence européenne sur la dette, jugeant la restructuration des dettes non seulement grecques mais aussi d’autres États de l’Union, inévitable. Et rappelle à Angela Merkel que «ceux qui veulent chasser la Grèce de l’Eurozone aujourd’hui finiront dans les poubelles de l’histoire».

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Philosophie magazine |

Yánis Varoufákis, Jon Elster. Grèce, faites vos jeux… Rien ne va plus ?

Face à la crise de la dette, Athènes et l’Europe balancent entre deux options, la coopération ou la défection. Cette alternative est aussi au cœur de la théorie des jeux, spécialité de Yánis Varoufákis, (ex-)ministre grec des Finances. Il a accepté de converser avec le philosophe Jon Elster, qu’il lit et admire depuis longtemps. Au-delà de la raison économique, ils mesurent ensemble le poids des émotions et de l’Histoire.

Long et passionnant entretient entre deux géants.

À propos de Luc Archambault

Artiste et citoyen

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