Pauline Marois : tirer les « BONNES » leçons de l’Histoire !?

Le Devoir | 2016 11 18 | Pauline Marois | Le PQ, 40 ans + tard | Apprendre à tirer les leçons de l’histoire

En conclusion de son exposé commentant le 40e anniversaire de l’élection d’un premier gouvernement du Parti québécois le 15 nov. 1976, Pauline Marois, première Première ministre du Québec, pose deux questions auxquelles le PQ doit impérativement répondre pour n’être pas le parti d’une seule génération ; commençons par la deuxième :

« Est-ce que cette idée de souveraineté répond à un besoin actuel… ? »

Le libellé de cette question est parlant… Il témoigne d’un quiproquo irréductible et décisif expliquant l’impasse dans laquelle se trouve le mouvement souverainiste… « Idée de souveraineté… » Mais de quelle « souveraineté » est-il diable question ? De celle de l’État du Peuple du Québec ou de celle du Peuple du Québec ? Répondre à cette question est crucial… car la réponse n’est pas la même s’il est question d’une part de l’État et d’autre part du Peuple ; la réponse n’engage pas les mêmes ressorts, n’est pas fondée sur les mêmes socles.

Reformulons donc la question qui cesse de carburer à la confusion du quiproquo, de la méprise, du malentendu…

« Est-ce que cette idée de souveraineté DU PEUPLE répond à un besoin actuel… ? »

Bien sûr que OUI, puisqu’il est question du fondement même de la démocratie, du fondement même de l’État de droit démocratique. Bien sûr que OUI, puisque le « besoin » de démocratie est on ne peut plus « actuel ». Il rejoint autant la jeunesse que les générations plus âgées qui sont mortes pour elle, et ce, autant lors de la 2e Guerre mondiale, que pendant les guerres de Corée, d’Indochine, du Vietnam, et plus près d’Afghanistan, d’Irak ou de Syrie… ou sous le coup de la terreur islamiste à NY, Ottawa, Paris, Bruxelles ou autres Nice, pour ne parler que des pays Occidentaux.

Cette « idée de souveraineté DU PEUPLE » est centrale dans les mouvements qui occupent la jeunesse autant à Paris qu’à NY ou à Montréal et Québec, Nuit Debout, Occupy Wall Street. Cette « idée de souveraineté DU PEUPLE » ne peut l’être effectivement centrale que si, et seulement si, elle cesse d’être l’objet d’un imbroglio sémantique. Pour cela, il faut mettre d’abord de l’avant non pas l’indépendance de l’État, mais l’indépendance du Peuple et ce qui la fonde : la démocratie et ce qu’elle engage en terme de respect de la souveraineté du Peuple, à savoir, respecter la volonté constituante et politique du Peuple, ce qui ne saurait être le cas dans l’État illégitime actuel du Canada qui s’impose au Québec sans jamais ni sollicité ni obtenu pour ses Actes constituants le clair OUI référendaire des Québécois,es, ce qui fait en sorte que le gouvernement qui gouverne Le Peuple est gouverné par une loi constituante canadian illégitime puisqu’elle n’est pas celle du Peuple.

À défaut de mettre de l’avant la démocratie, les souverainistes mettent de l’avant la souveraineté de l’État abstrait à venir du Québec, ce qui met de l’avant État abstrait concurrent de l’État concret du Canada. Deux États s’affrontent, deux élites québécoises, s’affrontent, par-dessus la tête du Peuple. Le Peuple est confiné au rôle de spectateur de cet affrontement entre élites partisanes de deux États inégalement dotés. L’un est partie de la Couronne de l’Empire le plus puissant de toute l’Histoire de l’Humanité souffrante, l’autre est putatif, abstrait, à venir, pas même constitué. L’inégalité des forces en présence est patente. Le combat est donc lui aussi inégal d’autant que seul l’État abstrait à venir est soumis aux voix, suffit fédérer les NON. Facile de fédérer les NON, difficile de fédérer le OUI ; pour fédérer les NON suffit d’un NON à un détail ; pour fédérer les OUI, il faut avoir écarté tous les moindres NON… Pour fédérer les NON suffit de proférer des menaces de représailles contre l’État abstrait à venir pour éloigner de lui nombre de Québécois,es pourtant autrement favorable.

Par contre, dès lors qu’on met Le Peuple de l’avant, c’est contre lui qu’il faudra proférer des menaces de représailles, et ça, ce serait signer la défaite avant même d’avoir pu livrer combat. L’Empire britannique s’est toujours bien gardé de s’en prendre directement au Peuple lui-même… parce qu’il ne pourrait pas survivre sans le consentement du Peuple… du moins sans son consentement tacite passif… Mais dès lors que la démocratie et le respect de la souveraineté démocratique constituante et politique du Peuple est en cause, c’est une tout autre partie qui s’engage. Ce n’est plus un affrontement entre deux États inégalement pourvus, entre deux élites d’un même peuple, mais c’est bel et bien un choix à faire entre démocratie VS autocratie, entre démocratie VS dictature d’occupation canadian… C’est tout autre chose… qui n’a jamais été partie de la donne politique québécoise.

L’affrontement entre deux élites et deux États, entre deux sentiments d’appartenance au Canada ou au Québec, entre deux peuples, canadian et québécois,es nous a mené à une impasse parce que l’un des États n’a jamais consenti à se soumettre à la volonté libre du Peuple ; parce qu’une des élites en cause n’a jamais été obligée d’obtenir le clair OUI référendaire des Québécois,es. Elle peut donc sans problème mettre de l’avant ses vues sans même qu’elles soient tenues de se soumettre à la rigueur de ce qu’engage la DÉMOCRATIE !

Ainsi, poser la question en terme d’État… évacue Le Peuple… normal qu’il ne se sente pas concerné, normal que 30% des Québécois,es ne se déplace plus pour voter, normal que le plus grand parti politique du Québec soit celui de la démission, du découragement, de la diversion et de l’absentéisme politique…

« Est-ce que cette idée de souveraineté DE l’État DU PEUPLE répond à un besoin actuel… ? »

Bien sûr que OUI, mais seulement si cette question est tenue pour subsidiaire à la primauté démocratique de la souveraineté du Peuple ; seulement si ce qui est mis d’abord de l’avant c’est d’abord l’essentiel, à savoir, la démocratie, et donc aussi et d’abord, ce qu’elle engage en terme de respect de la souveraineté du Peuple.

« Est-ce que cette idée de souveraineté du PEUPLE et de souveraineté de l’État du Peuple répond à un besoin actuel, un besoin qui prend en compte l’état du monde qui se dessine sous nos yeux ? Un besoin pour le Québec, un besoin pour l’humanité ? »

Bien sûr que OUI, pourquoi ? Parce que la démocratie doit primer sur les dictatures de tous ordres, sur les vicieuses et brutales comme sur les sournoises et sympathiques.

Ce n’est pas la brutalité de l’État qui détermine s’il est démocratique, mais bien le fait qu’il émane du Peuple. Ce n’est avéré que si et seulement si Le Peuple approuve les Actes constituants de l’État qui gouverne les gouvernements qui gouvernent Le Peuplel, jamais aussi clairement que par référendum. Ce qui n’a jamais été le cas de l’État du Royaume de la Couronne canado-britannique ; il s’impose au Québec depuis la Conquête de force et d’autorité impériale en foulant aux pieds la souveraineté démocratique des Québécois,es puisque JAMAIS Le Peuple Souverain du Québec n’a eu l’occasion de se prononcer par référendum pour VALIDER ou INVALIDER les Actes constituants du Canada pour la bonne et simple raison que les partisans du Canada se sont toujours bien gardés de poser la question parce qu’ils savaient que si la question avait été posée c’eut été NON… et ils s’en gardent toujours bien parce que si elle était posée ce serait toujours NON…

L’Humanité vit depuis ± 10k ans sous les auspices d’une culture patriarcaliste autocrate sexiste et inégalitariste ( Cf Le Giga-bang culturel sapiens ). Depuis ± 200 ans elle met au point une culture égalitariste démocratique féminhumaniste, un grand oeuvre civilisationnel en perpétuelle construction. L’Humanité a besoin pour ce faire de démocratiser autant Le Politique que l’eoconomie, que la culture et les arts, que l’oeducation et que la responsabilité oecologiste.

APPRENDRE à tirer les leçons de l’Histoire

Si c’est NON à l’État du Canada, c’est donc OUI à la primauté de la Démocratie et de la souveraineté démocratique du Peuple ; c’est NON au statu quo ; NON au fait que s’applique au Québec la Loi et le désordre autocrate canadian.

Un référendum gagnant | renverser le fardeau de la preuve

Si c’est NON à la Constitution de 1982 qui a cours ici, c’est donc que s’effondre au Québec l’État du Royaume de la Couronne canado-britannique ; il ne peut plus s’appliquer. Ce qui change tout…

Il faut donc renverser le fardeau de la preuve qui a toujours reposé sur les seuls partisans de l’État souverain, sur les partisans de la démocratie et de la primauté démocratique de la Souveraineté du Peuple. Les partisans de l’État illégitime actuel aussi doivent obtenir le clair OUI référendaire du Peuple pour avoir droit légitime de s’appliquer à son territoire national du Québec. Le Canada lui aussi doit se soumettre à la rigueur de sa propre loi dite de la Clarté. Ce qui change TOUT. Notamment en matière de « campagne de peur ».

Proclamer par référendum INVALIDE au Québec tout État qui tel l’État illégitime du Canada, n’a pas obtenu le clair OUI référendaire des Québécois,es, évacue la question de la viabilité de l’État Souverain du Québec devant succéder à l’effondrement de l’État illégitime actuel, évacue donc les campagnes de peur quant à sa viabilité et validité. Ce n’est plus l’État abstrait à venir qui est dès lors en cause, mais bien, Le Peuple lui-même et son pouvoir démocratique constituant qui a DROIT d’exprimer sa volonté libre quant à ce qui gouverne l’État concret actuel du Canada, pour l’INVALIDER au Québec, pour se prononcer sur sa Constitution, sur le contenu de cette constitution, pour qu’il soit ce contenu, conforme à la volonté libre du Peuple, non pas imposé unilatéralement de manière impériale parfaitement autocrate, et non pas démocrate. Les démocrates peuvent comprendre ça…

Rompre avec la « gouvernance collabo »

Renverser le fardeau de la preuve engage une rupture avec ce qui a été mis de l’avant par le PQ depuis que René Lévesque a fondé le MSA | Mouvement souveraineté-association en novembre 1967, il y a bientôt 50 ans, non sans tourner le dos à De Gaulle qui 4 mois plus tôt s’était écrié à Montréal, VIVE le Québec LIBRE ! Le pendant du cri qui terminait ses appels à la Libération de juin 1940 et qui appelait à la résistance radicalement démocratique devant RENVERSER l’État d’exception de clair déni démocratique PÉTAIN/Laval qui s’imposait au Peuple Souverain de France sans jamais avoir obtenu son clair OUI référendaire.

De Gaulle, accueilli en héros libérateur qu’il était pas Le Peuple Souverain du Québec, a par ce cri affirmé à la face du Monde libre que l’État du Royaume de la Couronne canado-britannique était de même nature autocrate que ne l’était l’État qu’il appelait à renverser par la lutte armée à compter de juin 1940. L’Histoire lui a donné raison et a donné tort à PÉTAIN/Laval et à René Lévesque. Faire l’économie du renversement de la dictature d’occupation allemande et canadian ne peut mener qu’à l’impasse et à la négation de la primauté démocratique de la souveraineté du Peuple.

Un référendum gagnant à double proclamation constituante

Il nous faut donc revenir sur nos pas pour cette fois suivre, toutes choses égales par ailleurs, l’exemple de De Gaulle et engager comme lui une action radicalement démocratique. Il faut appeler Le Peuple à renverser l’État de clair déni démocratique canadian. Suffit pour cela de l’appeler à se prononcer par référendum sur 2 Actes constituants préalablement adoptés par la députation du Peuple siégeant à l’ANQ | Assemblée nationale du Québec pour :

  • Proclamer INVALIDE au Québec tout État qui, tel l’État illégitime du Canada, n’a pas obtenu pour ses Actes constituants le clair OUI référendaire des Québécois,es ;
    OUI / NON
  • Proclamer seule VALIDE au Québec la Constitution primordiale de la République démocratique du Peuple Souverain du Québec ; OUI / NON

Élections perdues…

« Les Québécois nous ont retiré leur appui parce que nous avons refusé de nous engager à ne pas tenir de référendum sur notre avenir constitutionnel.

Nous avons perdu aussi en raison d’une candidature économique exceptionnelle, une candidature que je souhaitais et qui a éveillé les peurs profondes de nos adversaires politiques. La présence souhaitée de Pierre Karl Péladeau à nos côtés rendait crédible le discours de peur de nos adversaires.

Du jour au lendemain, ils se sont mobilisés par milliers. Nos adversaires se sont multipliés. Nous avons assisté à une campagne de peur aux caractéristiques référendaires. »

Cette analyse ne tient pas compte d’un fait essentiel, le refus de renverser le fardeau de la preuve et l’incapacité à comprendre ce qu’engageait l’imprévu poing levé de PKP, à savoir, une lutte à finir entre dictature et démocratie, entre attentisme et bataille décisive, entre lutte de libération démocratique et gouvernance collabo.

Le poing levé de PKP a mobilisé comme jamais les souverainistes démissionnaires, découragé,es pas la division des forces souverainistes, par la gouvernance collabo soi-disant souverainiste. Mais qu’a fait Pauline Marois quand s’est déployée la campagne de peur canadian ? Rien… elle n’a pas mis de l’avant PKP, elle lui a demandé de se faire discret… Elle n’a pas voulu renverser le fardeau de la preuve et s’engager à rompre avec la gouvernance collabo… Résultat des courses, pour voir PKP déployer sa force pour renverser le Régime, il fallait que Marois perde… De fait… elle a perdu…

Elle n’était pas prête à changer sa politique attentiste et démissionnaire qui s’abstient de mettre le Peuple au Pouvoir au sommet de l’État du Peuple. Le Peuple comprend qu’il est exclut du sommet de l’État… tout aussi sûrement que s’il élisait un parti pro-Canada… autant donc renvoyer aux douches de si piètres élites citoyennes et politiques aussi inconséquentes et irresponsables. Ce qui fut fait…

APPRENDRE à tirer les leçons de l’Histoire

Ce n’est pas qu’une mince affaire que de tirer les bonnes leçons de l’Histoire… quand on y parvient, on peut parvenir à en changer le cours ; quand on n’y parvient pas… on n’est le jouet de l’Histoire des autres…

Le PQ n’y est pas parvenu. Force est de l’admettre, depuis près de 50 ans, ce qu’a mis de l’avant son fondateur n’a fait que confiner Le Peuple Souverain du Québec à l’impasse de la gouvernance collabo clairement anti-démocratique qui se trouve à exclure Le Peuple du sommet de l’État concret actuel du Canada puisque jamais ne lui a été donné l’occasion de se prononcer sur lui pour l’INVALIDER puisque ses partisans sont INCAPABLES d’obtenir le clair OUI référendaire des Québécois,es.

Il est grand temps de rectifier le tir et de donner au Peuple Souverain du Québec l’occasion de se prononcer par référendum non pas seulement sur l’État abstrait à venir, perpétuellement à venir, mais aussi et d’abord sur l’État concret très présent de l’État illégitime du Canada.

Tous les États doivent respecter la même règle

Non pas seulement l’État abstrait à venir, mais aussi l’État concret actuel. Rien ne justifie que le Canada ne respecte pas la même règle. Lui aussi doit émaner du Peuple et doit respecter sa volonté libre. Lui aussi doit solliciter et obtenir le clair OUI du Peuple. S’il préfère s’abstenir encore, il n’y a pas 36 solutions, il faut donner l’occasion au Peuple de l’INVALIDER au Québec, pour fonder un État démocratique qui émane du Peuple : la République démocratique du Peuple Souverain du Québec, que ça… tout ça…

Faire l’UNION des démocrates VS l’UNION des autocrates canadians

Il faut toutes choses égales par ailleurs suivre l’exemple de De Gaulle et prévoir sans condition ni délai RENVERSER l’État illégitime du Canada. Lui l’a fait par les armes, avec les alliés, nous, nous Le Peuple Souverain du Québec, nous le ferons par l’expression démocratique de notre volonté libre radicalement démocratique. Il faut donc comme de Gaulle d’abord faire l’UNION des démocrates autour de la défense de la démocratie autour d’un Programme COMMUN d’État démocratique républicain qui transcende les concurrents programmes de gouvernance collabo des partis, de gauche à droite et qui rompt avec la gouvernance collabo qui a cours ici depuis la Conquête.

 

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Le Devoir | 2016 11 18 | Pauline Marois | Le PQ, 40 ans + tard | Apprendre à tirer les leçons de l’histoire

Le PQ, quarante ans plus tard

Apprendre à tirer les leçons de l’histoire

Tant que son option fondamentale ne sera pas réalisée, affirme Pauline Marois, le Parti québécois sera toujours à la croisée des chemins

18 novembre 2016 | Pauline Marois – Ex-première ministre du Québec. Extraits de l’allocution que celle-ci prononcera samedi lors du colloque organisé par la Société Saint-Jean-Baptiste à l’occasion du 40e anniversaire de l’accession au pouvoir du Parti québécois. |
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Photo: Alain Renaud Le Devoir René Lévesque en compagnie de militants péquistes en 1976

Dans un monde où le temps de réaction est de plus en plus court, les occasions de mettre les événements en perspective sont précieuses. Elles nous permettent de mieux comprendre le présent et, quelques fois, d’entrevoir l’avenir. […]
 
On dit aujourd’hui que le Parti québécois est à la croisée des chemins. Ce serait une erreur de croire qu’il s’agit là de quelque chose de vraiment inédit. Lors du référendum de 1995, les forces souverainistes ont connu une défaite crève-coeur. La marge entre les camps fédéraliste et souverainiste était si mince qu’encore aujourd’hui, beaucoup s’interrogent sur l’issue véritable de cette consultation.
 
Ce résultat extrêmement serré ne doit pas occulter une réalité incontestable : 21 ans plus tard, le Québec n’est toujours pas un pays souverain. Le fait est brutal, mais bien réel, et il faut en tirer les conclusions.
 
Une de celles-ci est évidente, je peux en témoigner : un parti qui a une ambition aussi grande que la souveraineté d’un peuple est toujours à la croisée des chemins quand son option fondamentale est tenue en échec. […]
 
Cri du coeur
 
Si vous me le permettez, j’aimerais prendre un instant pour lancer un message, une sorte de cri du coeur.
 
Tout ce que le Parti québécois fait ou peut faire demeurera toujours insuffisant aux yeux de celles et ceux qui pensent qu’il suffit de croire assez fort pour que cela soit vrai, ces personnes dont, très souvent, le principal engagement vise davantage à fragmenter les forces souverainistes qu’à convaincre des fédéralistes.
 
Nos véritables adversaires, ceux qui ne veulent pas nous voir gagner, se réjouissent de cette attitude autodestructrice. Le Parti québécois est la seule formation politique qui, à leurs yeux, et ils connaissent ça croyez-moi, représente une menace réelle pour l’unité du Canada. De Pierre Elliot Trudeau autrefois à son fils aujourd’hui, tous les leaders fédéralistes et leurs alliés l’ont bien compris.
 
Ils savent que pour réaliser la souveraineté, il y a une condition préalable incontournable : que le parti qui dirige le gouvernement au moment où les Québécois seront prêts à assumer les pouvoirs d’un État souverain soit un parti souverainiste.
 
L’histoire nous l’a démontré : pour être en position de réaliser la souveraineté, le Parti québécois ne peut limiter son action à la défense d’un idéal. Il doit être un parti de gouvernement. Jusqu’au moment où les Québécois se seront ralliés à son option, il doit assumer les obligations incontournables et les responsabilités exigeantes que cela comporte envers le peuple québécois. […]
 
Le 15 novembre 1976
 
Le 15 novembre 1976, il y a 40 ans, le Québec a porté au pouvoir un parti qui avait un véritable programme de gouvernement, un programme dont la mise en oeuvre a exigé courage et détermination.
 
La volonté de mener à bien les réformes engagées au début des années 1960 sur de nouvelles bases était évidente. Pour M. Lévesque, une des clés de la liberté d’un peuple était de séparer le monde de l’argent du monde de la politique. On se souviendra du travail de titan fait par Robert Burns pour assainir le financement des partis politiques. Et, quoi qu’on en dise, même si ce travail doit sans cesse être actualisé, il n’y a que le Parti québécois qui, au fil de son histoire, a posé des gestes ambitieux à cet égard. […]
 
Toutes ces politiques, au moment où elles ont été discutées et mises en place, ont été source de fortes tensions. Mais aucune n’a suscité autant de divisions et de débats acrimonieux que la Charte de la langue française. On a dépeint le Québec comme une société fasciste, raciste, xénophobe. On a caricaturé Camille Laurin en le dépeignant en dictateur nazi. On a ridiculisé le travail de l’Office de la langue française en l’accusant de mettre aux trousses d’honnêtes commerçants une abominable police de la langue.
 
Et pourtant, 40 ans plus tard, force est d’admettre qu’en établissant un cadre sur la place respective du français et de l’anglais, cette loi a été un des socles de la paix linguistique et de la paix sociale au Québec. […]
 
Je crois sincèrement qu’une société qui ignore les problèmes au lieu de les régler se condamne à vivre dans la frustration, l’incompréhension et des conflits interminables.
 
À cet égard, je regrette que la CAQ, même si nous avions accepté ses demandes de compromis, ait refusé que nous modernisions la Charte de la langue française.
 
Je regrette également que le débat sur la charte des valeurs, en fait une charte de la laïcité de l’État, n’ait pu conduire à l’adoption d’une loi qui, l’avenir le dira, est essentielle dans une société ouverte et plurielle comme le Québec.
 
L’État doit être aussi laïque que les individus libres de leur foi.
 
Campagne de peur
 
J’ai eu le privilège d’être première ministre et d’être la première femme à occuper cette fonction au Québec. Élue à la tête d’un gouvernement minoritaire, rescapée avec ma famille et les militants de mon parti d’un attentat politique meurtrier le soir de notre victoire, aux prises avec une situation budgétaire délicate, condamnée à un rendez-vous électoral dans un horizon plutôt court que long, le moins qu’on puisse dire est que les vents n’étaient pas favorables.
 
Malgré tout, je crois sincèrement que le gouvernement que j’ai dirigé, tout en prenant en compte les problèmes de notre temps, s’est comporté en droite ligne avec celui que dirigeait M. Lévesque en 1976. […]
 
Vous devinez que j’ai pris le temps de réfléchir et d’analyser cette défaite douloureuse.
 
Aujourd’hui, ma conclusion est claire.
 
Nous n’avons pas perdu en raison des politiques que nous avons adoptées.
 
Nous n’avons pas perdu en raison de notre volonté d’affirmer clairement la laïcité de l’État.
 
La raison de notre échec est simple. Et, a posteriori, facile à comprendre.
 
Les Québécois nous ont retiré leur appui parce que nous avons refusé de nous engager à ne pas tenir de référendum sur notre avenir constitutionnel.
 
Nous avons perdu aussi en raison d’une candidature économique exceptionnelle, une candidature que je souhaitais et qui a éveillé les peurs profondes de nos adversaires politiques. La présence souhaitée de Pierre Karl Péladeau à nos côtés rendait crédible le discours de peur de nos adversaires.
 
Du jour au lendemain, ils se sont mobilisés par milliers. Nos adversaires se sont multipliés. Nous avons assisté à une campagne de peur aux caractéristiques référendaires.
 
Le parti d’une génération ?

 
Vous savez, le Parti québécois a été créé en 1968, il y a maintenant 48 ans. Je comprends bien que ses adversaires et certains analystes espèrent signer son acte de décès le plus rapidement possible.
 
Mais après 48 ans, après la génération des Lévesque, Parizeau, Laurin, après la génération des Landry et Bouchard à laquelle j’appartiens, au moment où Lisée et la génération talentueuse qui l’entoure arrivent aux commandes, parler du PQ comme du parti d’une génération m’apparaît comme une fausseté. Il serait temps que les adversaires fédéralistes et les analystes qui se sont trompés passent à autre chose.
 
Le Parti québécois est, encore aujourd’hui, la plus grande force politique au Québec, la seule force capable d’y apporter les changements essentiels à notre avenir économique, social et politique.
 
À la croisée des chemins, le Parti québécois doit se poser deux questions fondamentales. Seulement deux.
 
La première est évidente. Est-ce que l’idée de bâtir un pays peut représenter un défi stimulant pour la jeunesse ?
 
En 1976, nous avons rêvé d’avoir la chance de construire un nouveau pays, un pays en accord avec nos valeurs, avec notre désir de nous ouvrir au monde et notre vision de la modernité. Est-ce qu’un rêve aussi noble et aussi grand n’est pas de nature à mobiliser une nouvelle génération ? Est-ce que l’aspiration à construire un monde meilleur serait étrangère aux générations qui nous suivent ?
 
Quand j’entends des gens de ma génération dire que les jeunes sont individualistes, manquent d’idéal et ne sont pas intéressés aux projets collectifs, cela me met en colère. Je ne peux adhérer à ces préjugés alors que je les vois chaque jour s’engager avec passion et générosité dans des combats pour la justice, pour l’environnement, pour l’éducation, pour la culture. […]
 
La deuxième question est plus large encore. Est-ce que cette idée de souveraineté répond à un besoin actuel, un besoin qui prend en compte l’état du monde qui se dessine sous nos yeux ? Un besoin pour le Québec, un besoin pour l’humanité ?
 
Les événements politiques survenus en Europe au cours des dernières années, aussi bien qu’ici en Amérique il y a quelques jours, mettent en lumière un problème que nous n’avons pas le droit d’ignorer. Une ligne de fracture profonde s’est creusée entre celles et ceux qui incarnent le pouvoir et les populations dont les espoirs ont été déçus, la situation économique s’est détériorée et l’identité ignorée.
  Au moment où on conteste la légitimité des institutions, où on remet en cause les effets bénéfiques de l’adhésion à de grands ensembles négociés sans prendre en compte suffisamment l’existence des peuples et des citoyens, notre projet de souveraineté est un devoir envers nous-mêmes aussi bien qu’envers l’humanité.

 

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À propos de Luc Archambault

Artiste et citoyen

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