Premières nations et Kanata | L’invisibilité n’a pas de race ; elle est culturelle

 

Le Devoir | 2018 07 14| Lettre ouverte |
Encore une fois, l’aventure se passera sans nous, les Autochtones?

@lire absolument au lien ICI-BAS :
la meilleure réplique qui soit au texte qui précède et qui a provoqué la censure de KANATA

Cessons de nous « faire valoir » comme victimes de la société
Bryan Decontie Anishinabeg de Kitigan Zibi

Si ce texte endossé par d’autres membres respectés des Premières Nations avait été publié pour blâmer l’outrancière surenchère de l’émeute médiatique qui a suivi la publication de la lettre précitée et qui a provoqué la censure de Kanata nous n’en serions très probablement pas à déplorer aujourd’hui le retour de la Grande noirceur intégriste multi-inter-culturaliste. Nous aurions pu juger sur pièce… et continuer à discuter, échanger sans anéantir l’autre.

Faire disparaître l’un, ne fera jamais apparaître l’autre !

KANATA | Théâtre du soleil | Robert Lepage

ou le théâtre des Premières nations : une oeuvre naissante en cours de construction

ICI-RC | 2018 07 14 | Kanata : Konrad Sioui demande à Robert Lepage de respecter les Premières Nations

« L’un des grands problèmes que nous avons au Canada, c’est d’arriver à nous faire respecter au quotidien par la majorité, parfois tricotée très serré, même dans le milieu artistique. Notre invisibilité dans l’espace public, sur la scène, ne nous aide pas. Et cette invisibilité, madame Mnouchkine et monsieur Lepage ne semblent pas en tenir compte, car aucun membre de nos nations ne ferait partie de la pièce. [...]

Ce que nous voulons, c’est que nos talents soient reconnus, qu’ils soient célébrés aujourd’hui et dans le futur, car NOUS SOMMES. Certains ont été consultés par les promoteurs de Kanata. Mais nous croyons que des artistes de nos nations seraient heureux de célébrer leur fierté sur scène dans la pièce. Est-ce que les metteurs en scène de Kanata ont cherché une collaboration ? »

« Mais de ce côté-là, je demande à Robert et à tous ceux qui travaillent dans ce monde artistique là de respecter la présence des Premières Nations […] et surtout la valeur de ce qu’on est capable de faire, c’est-à-dire nous représenter nous-mêmes, parler pour nous-mêmes », ajoute-t-il. Konrad Sioui | Le grand chef de Wendake

« … que nos talents soient reconnus et célébrés !? »

La belle affaire !? Tous les artistes n’espèrent que ça…

Les « artistes de nos nations seraient heureux de célébrer leur fierté sur scène dans la pièce. »… dans une oeuvre créée par les très blanc,hes Ariane Mouchine et Robert Lepage produit par leurs très blancs théâtres et vu par leurs très blancs auditoires ? C’est ça !?

Ce qui fait penser au rêve de Louis Fréchette de voir ses pièces jouées par Sarah Bernhardt pour que son talent soit reconnu et célébré partout dans le monde…

Mais pourquoi faire ? Qu’est-ce qu’aurait changé à la dramaturgie québécoise le fait que des Québécois,es comme Jean GASCON et Jean-Louis ROUX soient admis à la Comédie française et dans les théâtres de France, si tant était que ces troupes eussent créé des spectacles sur la réalité québécoise ? Rien du tout. Si les Québécois,es formé,es en France à l’époque de Jean GASCON et de Jean-Louis ROUX avaient fait carrière en France, le développement du théâtre québécois n’aurait pu se faire de manière explosive comme cela s’est produit par la suite notamment grâce à leur apport, de retour au Québec. L’expatriation de Riopelle et ses succès sur la scène internationale de l’art n’a pas fait en sorte de faire reconnaître et rayonner sur cette même scène mondiale les artistes en arts et métiers d’arts visuels du Québec.

Ce qui a permis au jeune Robert Lepage de devenir ce qu’il est aujourd’hui à l’échelle du monde, c’est qu’il fut l’héritier d’un développement extraordinaire du théâtre québécois depuis la Nouvelle-France à aujourd’hui en passant par les  années 50 et cela ne se crée pas d’un claquement de doigts ou par le biais de revendications, de blâmes, de chantages, de menaces de représailles ou de décret gouvernementaux. Il faut, pour qu’un peuple développe sa propre dramaturgie, que l’ensemble de ses forces vives y consente et focalise la réunion de ressources humaines et financières considérables dans un nombre tout aussi considérable de domaines et dans un espace-temps non moins considérable.

Pourquoi devrait-il en être autrement pour les Premières nations qui du reste n’ont pas de tradition ni théâtrale ni littéraire ?

L’art sculptural inuit a mis près d’un siècle à se développer pour accéder au rayonnement international qui est le sien aujourd’hui. Comment cela a-t-il pu se produire ? Qu’en est-il de l’art dramatique, de la littérature, de la musique des Premières nations ? Qu’est-ce que les responsables des Premières nations doivent faire pour développer les Arts des Premières nations alors que certaines d’entre elles vivent dans un état de dénuement qui s’apparente au sous-développement du quart-monde… !? Qu’est-ce qui empêche les comédien,nes, dramaturges et autres artisan,es de théâtre des Premières nations de créer une dramaturgie propre et des spectacles en mesure d’être reconnus et célébrés dans le monde ? Blâmer, boycotter, phagocyter ou squatter les réalisations de Robert Lepage et d’Ariane Mnouchkine pourrait changer la donne ? Certainement pas. Ces compagnies n’ont pas vocation de palier les manques des autorités des Premières nations ou de la Couronne canado-britannique qui a charge des Premières nations quant au développement de la dramaturgie des Premières nations.

Certes, pouvoir faire des stages dans telles compagnies ne manquerait pas de participer à l’essor futur d’un théâtre propre aux Premières nations, mais c’est d’abord à elles de se prendre en mains ; et pour cela il faut les interpeller les autorités compétentes, dont les gouvernements des Premières nations et celui de la Couronne canado-britannique à Ottawa qui les a réduites à statut de pupilles de la Couronne.

Squatter les compagnies de théâtre du Québec, de France ou d’ailleurs, en obtenant quelques rôles pour les personnages des Premières nations dans Kanata et d’autres spectacles ne rompt en rien l’impéritie des responsables du développement des arts des Premières nations ni m’empêche quoi que ce soit à l’appropriation culturelle qu’on dénonce ; la dramaturgie des Premières nations sera toujours invisible… Pour qu’elle soit visible, il faut qu’elle émane des Premières nations non pas d’Ex-machina ou du Théâtre du soleil.

Invisibilité dites-vous !?

L’invisibilité n’a pas de race ; elle est culturelle

Les Québécois,es peuvent bien comprendre ce que veut dire l’invisibilité de la culture et des arts du Québec.

À commencer par les arts et métiers d’arts visuels. Outre les dessins ou gravures illustrant des livres consacrés à la Nouvelle-France ( dès 1675 ) et aux Premières nations vivant en Nouvelle-France, les premières gravures et peintures ornaient nos couvents et églises et étaient tout simplement importées d’Europe sauf l’exception de « Claude Lefrançois, dit le frère LUC venu de France, qui durant les 16 mois qu’il passe en Nouvelle-France a peint plusieurs tableaux pour les communautés religieuses de Québec »   Encyclopédie canadienne. Ce qui nous a permis de nous apprivoiser aux beaux-arts, sans que nous y soyons pour autant pour quelque chose autrement qu’en s’exposant à l’art fait par d’autres.

Après la Conquête, ce sont les artistes anglais qui ont peint le Québec et ses paysages. Il a fallu attendre François Beaucourt et François BAILLARGÉ, revenus de leurs études en France, pour voir des Québécois,es d’origine neufrancienne réaliser des oeuvres peintes et sculptées ornant nos églises à partir de 1782. Cette même famille nous donna des architectes de grands talents.

Il a fallu attendre Joseph Légaré (10 mars 1795 – 21 juin 1855), peintre autodidacte qui, à compter de 1820, a commencé par copier les toiles acquises en France par l’abbé Philippe-Jean-Louis Desjardins, pour devenir « le seul artiste ( québécois de l’époque ) dont la peinture laisse filtrer les tensions d’une société en crise : Incendie du quartier Saint-Roch, 1845 ; Éboulis du cap Diamant (1841)… »

Ses contemporains privilégient le portrait ou les paysages, par exemple « Louis Dulongpré (1759 – 1843), Jean-Baptiste Roy-Audit (1778-1848) et surtout Antoine Plamondon (1804-1895), très influent qui forma de nombreux élèves, parmi lesquels Théophile Hamel (1817-1870) ; Napoléon Bourassa (1827-1916) fut l’élève de Hamel ; citons aussi Henri Julien (1852-1908)  » Histoire du Québec | arts plastiques

« Outre l’impact de la peinture de paysage et la peinture figurative modernistes sur les membres du Groupe des Sept, les mouvements modernes font leur apparition à Montréal durant les années 1940, grâce à l’initiative des artistes eux-mêmes. Les trois figures de proue, John Lyman, Alfred Pellan( qui rentre au Québec après avoir passé 14 ans à Paris ) et surtout Paul-Émile Borduas, ont des points de vue divergents et souvent conflictuels qui favorisent des idées énergiques et une volonté de changement. [...]

Riopelle, le plus prestigieux des jeunes peintres, déménage à Paris en 1946, suivi de Leduc qui y séjourne de 1947 à 1953. Grâce à eux, des liens directs sont maintenus avec les surréalistes français. La signature collective du Refus global, un manifeste écrit par Borduas en 1948, représente le point culminant de l’action des automatistes. » Peinture : les mouvements modernes | encyclopedie canadienne

Riopelle étant, à ce jour, le seul peintre québécois ayant pu développer une carrière internationale de par son expatriation du Québec de 1948 à son retour en 1990 quelques années après la mort de ses agents Marguerite et Aimé Maeght ( 27 avril 1906 / 5 septembre 1981 ).

Quant aux arts de la scène ( théâtre, chanson, musique, danse, cirque ), nous avons pareillement été longtemps, nous, la majorité québécoise d’origine neufrancienne ( Nouvelle-France ), parfaitement invisible : le théâtre en Nouvelle-France n’est pratiqué que par des troupes d’amateurs et qu’à partir de 1640 pour y jouer du Corneille, Racine et autres Molière. Ce dernier est banni par l’Église dès lors que Frontenac tente de monter Tartuffe de Molière ( affaire Tartuffe 1693-1694 ).

Après la Conquête, ce sont des troupes amateurs qui montent encore du Molière. Il faudra attendre l’ouverture du Palais Royal 1825 à Montréal et à Québec pour que se développe et professionnalise le théâtre de langue française, notamment après la construction du chemin de fer dans les années 1850 mettant essentiellement en vedette des troupes françaises en tournées aux États-Unis, dont par exemple de fréquentes tournées de nulle autre que Sarah Bernhardt dès 1880 jusqu’en 1917.

« La situation des dramaturges locaux d’expression française n’était guère plus reluisante que celles des interprètes dont ils étaient tributaires. Confinés aux cercles amateurs patronnés par les paroisses ou les grandes sociétés de bienfaisance mutuelle (la Société Saint-Jean-Baptiste, l’Union Sainte-Cécile, l’Union Saint-Joseph, etc.) ou aux scènes collégiales ou de couvents, ils n’aspiraient visiblement pas à davantage. Deux auteurs font pourtant exception: Louis-Honoré Fréchette et Laurent-Olivier David. Le célèbre auteur de La légende d’un peuple, louangé et honoré par l’Académie française, ne cachait pas ses ambitions de percer sur les scènes parisiennes. Après ses succès de Papineau et du Retour de l’exilé, qui survinrent sur la scène de l’Académie de Musique de Montréal six mois avant que Sarah Bernhardt n’y apparaisse dans toute sa gloire, Fréchette avait conçu le projet, tout à fait raisonnable, d’être un jour joué par la grande tragédienne. La chose, on le sait, ne se réalisa jamais. » JEAN-MARC LARRUE | LA NAISSANCE DU THEATRE AU QUEBEC

« C’est à partir de 1860 que l’histoire du Québec commence à être la toile de fond de plusieurs pièces: de Jacques Cartier ou Canada vengé ( 1879 ) ( Google-Livres) de Joseph-Louis Archambault à Riel pièce de Charles Bayer, en passant par Intendant Bigot de Joseph Marmette, Papineau,  Félix Poutre et le Retour de l’exilé de  Louis  Frechette, et II y a cent ans, pièce de Laurent-Olivier David, écrite en 1876 pour commémorer le  centenaire de la révolution américaine. » Érudit

Les premières troupes québécoises se fondent dans la foulée et contribuent « à créer ce qu’on appellera le premier Âge d’or du théâtre à Montréal » : « le Théâtre des Variétés de Léon Petitjean (1898), le Théâtre National de Julien Daoust (1900) et le Théâtre des Nouveautés (1902) et, à Québec, l’Auditorium (1903) [...] Dans les années 1890, même si seulement 15 % de l’activité théâtrale à Montréal se passe en français… ».

La popularisation du cinéma brise cet élan et le burlesque venu des États-Unis se popularise en joual avec Olivier Guimond père et la Poune de 1920 à 1950, cependant que des tournées de grandes troupes de France ( Théâtre de la Porte Saint-Martin et le Théâtre de l’Odéon ) présente du théâtre écrit en France. La radio commence à présenter du Théâtre. « Le Stella permet aux premiers acteurs québécois formés à Paris de se produire grâce à l’appui du gouvernement. »

« Les pères Legault et d’Auteuil inspirent et forment les futurs pionniers du renouvellement des arts de la scène au Canada français : Jean GASCON, Jean-Louis ROUX, Pierre Dagenais, Guy Hoffman et de nombreux autres. Certains fondent ensuite leur propre troupe professionnelle, comme Dagenais qui crée l’Équipe (1942) et Roux et Gascon qui fondent le THÉÂTRE DU NOUVEAU MONDE (1951).

Il a fallu attendre 1948, avec la première de la pièce Tit-Coq de Gratien GÉLINAS,  pour assister à « la naissance du théâtre et de l’art dramatique modernes au Québec. » On connaît la suite, Michel Tremblay est joué et lu partout dans le monde en quantité de langues ; Robert Gravel et sa LNI ont fait des émules partout dans le monde et Robert Lepage &Co. rayonne comme un soleil qu’on veut squatter en espérant recevoir un peu de lumière… Mais il a fallu  400 ans pour y parvenir… La dramaturgie des Premières nations quant à elle n’a pas 20 ans…

 

En littérature, à tout le moins dans l’écrit, c’est arrivé beaucoup plus tôt et dès la fondation de la Nouvelle-France, avec les récits des découvreurs et développeur,euses Cartier ( 1598 ), Champlain ( 1603 )  et autres Marie de l’Incarnation ( 1625 ), puis avec les Relations des Jésuites ( 1616-1672 ), plus tard, il aura fallu attendre jusqu’en 1837 pour que Philippe Aubert de Gaspé publie Le chercheur de trésor, le premier roman québécois, pour faire mentir Lord Durham qui affirmait en 1839 que nous étions un peuple « sans histoire et sans littérature ». Lentement mais sûrement nous sommes parvenus 200 ans plus tard à nous forger une littérature qui n’a plus rien à envier à personne, même s’il faudra attendre encore longtemps avant qu’un Québécois,es d’ascendance neufrancienne ( Nouvelle-France ) soit admis à l’Académie française…

Quant à la chanson québécoise, outre la chanson française que nous chantaient nos mères et grands-mères Filles du Roy de 1659 à la Conquête, se sont mêlés à ce répertoire les folklores irlandais, écossais et britannique. Il faudra attendre le début du 20e siècle dernier pour voir « des artistes populaires comme La Bolduc, Paul-Émile Corbeil, Eugène Daignault, Lionel Daunais, Conrad Gauthier, Ovila Légaré, Charles Marchand ainsi que le Quatuor Alouette [ prolonger ] l’esprit folklorique dans un contexte d’urbanisation et d’industrialisation tout en divertissant les francophones à une époque où les conditions d’existence étaient somme toute assez pénibles (1920-45). » Encyclopédie canadienne

« … La chanson française et américaine dominait à la radio et au cabaret depuis 1930 : Fernand Perron (Le Merle rouge) était l’émule de Tino Rossi, et Jean Sablon, celui de Bing Crosby. Voulant s’universaliser, les artistes québécois interprétaient des chansons populaires à la mode parisienne ou new-yorkaise. »

Dans la foulée dès 1938, Édith Piaf, Charles Trenet, puis les Compagnons de la chanson débarquent au Québec.

« Un peu plus tard, Fernand Robidoux organisa le concours « La Feuille d’érable » afin de promouvoir la chanson canadienne à la radio. [...] Toutefois, les chanteurs se préoccupaient peu de chanter des oeuvres originales, se contentant de traduire en français les succès américains ou de copier les chansonnettes françaises. Parallèlement, la chanson western se situe dans le prolongement d’un certain lyrisme dont le soldat Lebrun fut le premier et le dernier représentant. Derrière lui apparut, dans un après-guerre ombragé, le phénomène western aux influences essentiellement américaines. Avec Willie Lamothe s’est affirmé le country western québécois qui traduisait en français l’évolution des courants westerns américains. »

« La télévision vint modifier l’échiquier artistique au début des années 1950 en faisant connaître de nouveaux auteurs, compositeurs et interprètes. Dans les cabarets Au Faisan doré et Au Saint-Germain-des-Prés dont il était l’animateur, Jacques Normand favorisa pour sa part l’émergence d’Aglaé, de Clémence Desrochers, de Serge Deyglun, de Raymond Lévesque et de Monique Leyrac. Entre les boîtes de Montmartre et le music-hall, le Faisan doré réunissait un public différent de celui des cabarets traditionnels. À la radio, on fit des émissions sur la chanson dite canadienne, notamment « Baptiste et Marianne » avec Guy Mauffette (1951). Le « Concours de la chanson canadienne » de la SRC organisé en 1956 donna une première chance à ceux qu’on allait bientôt appeler les chansonniers. »

« La chanson québécoise est née de la fusion du folklore, de la poésie québécoise et de l’influence des auteurs-compositeurs français (Brassens, Brel, Ferré) dont la synthèse fut réalisée par les chansonniers. Plusieurs chansonniers publièrent d’abord des recueils de poésies (Félix Leclerc, Gilles Vigneault, Georges Dor). En 1959, on entendait déjà Aglaé, Hélène Baillargeon, Jacques Blanchet, Lionel Daunais, Jacques Labrecque, Ovila Légaré, Raymond Lévesque, Monique Leyrac, Pierre Pétel et le plus illustre, Félix Leclerc. Grâce à lui, la chanson québécoise toute nouvelle allait devenir la voie naturelle de l’identité collective des Québécois et il devint ainsi le premier ambassadeur d’une société en profonde mutation. »

Autrement dit…

… l’émergence d’un art théâtral des Premières nations ne pourra advenir que si et seulement si les artistes des Premières nations obtiennent des Premières nations les ressources utiles et cela ne peut se faire qu’en interpellant les responsables du sort des Premières nations, non pas en squattant Ex-machina, le Théâtre du soleil et autres TNM.

Et pour cela, pour qu’un talent comme celui de Robert Lepage et ceux de ses comparses émerge, dans l’anonymat le plus total, puis pour qu’il se déploie, de proche en proche, à partir de presque rien, il faut un terreau fertile qui ne peut qu’être partie d’un héritage légué par des devancier,ières portant la voix et l’énergie de tout un peuple le plus souvent dans des conditions adverses qui rebutent le commun.

Quel appui la dramaturgie naissante des Premières nations ( qui n’a pas de tradition théâtrale ) a-t-elle dans les Premières nations elles-mêmes ? Là est la question.

Pourquoi un spectacle comme La cartomancie du territoire n’est-il pas reconnu et célébré partout dans le monde ?

La cartomancie du territoire | Espace libre | Philippe Ducros, Kathia Rock et Marco Collin

La Presse | 29 mars 2018 | La cartomancie du territoire: la guérison des Premières Nations

ICI-RC | 30 mars 2018 | Espace autochtone | Panorama réaliste du paysage autochtone au théâtre

cartomancie 

 

Ondinnok

Pourquoi les oeuvres de la première compagnie de théâtre francophone des Premières nations au Québec et au Canada, Ondinnok, fondée en 1985, au moment où Robert Lepage faisait une succès de la La Trilogie des dragons à Québec, ne sont-t-elles pas reconnues partout dans le monde ? Là est la question à laquelle il faut répondre…

Ondinnok « Elle fut fondée en 1985 lors de la création du Porteur des peines du monde au Festival du théâtre des Amériques qui s’est méritée le prix de l’Américanité. En plus de trente ans, Ondinnok a produit plus d’une vingtaine d’oeuvres et événements devenant par le fait même l’initiateur d’une dramaturgie autochtone francophone contemporaine. Ses créations questionnent et explorent toute la complexité d’être amérindien au temps de la modernité et d’urbanité. »

« La question au théâtre est de savoir qui parle? Qui parle dans Kanata?
On peut être solidaire d’une cause, mais on ne peut pas prendre la parole à la place de ceux qui portent cette cause. Par respect, on doit se mettre au service et c’est aussi ça le théâtre.
Bref, Kanata malgré les intentions de ses créateurs, reprend les façons de faire coloniales qui nous reléguaient aux rôles de figurants ou d’absents puisqu’à cette époque, c’était des imposteurs qui jouaient aux « indiens ». »

Ondinnok

Ô KANATA | mercredi 18 juillet 2018 | par Catherine Joncas & Yves Sioui Durand

« On peut être solidaire d’une cause, mais on ne peut pas prendre la parole à la place de ceux qui
portent cette cause. Par respect, on doit se mettre au service et c’est aussi ça le théâtre. »

Bien sûr qu’on peut prendre la parole à la place de celles et de ceux qui portent une cause quand on est solidaire d’une cause…

Au fait, de quelle cause est-il question ? N’est-il pas question de parler de l’Histoire du Québec et du Canada « à travers le prisme des rapports entre Blancs et Autochtones ». Seules les descendant,es directs des Premières nation du Québec et du Canada peuvent parler des rapports entre Premières nations et Européen,nes, Neufrancien,nes, Québécois,es et Canadien,nes ? Il faudrait que la troupe du Théâtre du Soleil qui est ce qu’elle est, engage des Britanniques, des Québécois,es, des Canadien,nes et des descendant,es directes des Premières nations ? Les membres de la troupe, français,es de diverses origines ne pourraient jouer que les Français de Nouvelle-France n’étant pas né,es en Nouvelle-France !?

Vous portez cette cause, mais que je sache, vous n’êtes pas strictement d’ascendance des Premières nations… Durand et Joncas, n’est-ce pas d’origine neufrancienne ( Nouvelle-France ) autant que Blondin, Archambault ou Lepage ? Vous portez la cause des Premières nations mais vous n’êtes pas d’ascendance des Premières nations à 100%. Or quel est le problème ? Les comédien,nes du Théâtre du Soleil qui ont mis des mois à monter le spectacle en jouant chacun,e plusieurs rôles différents ( c’est la coutume de la maison ), ne portent pas bien la cause des Premières nations !? Quel est pourcentage de gênes des Premières nations faut-il pour avoir droit selon vous de porter la cause des Premières nations ou pour parler des Premières nations ? Qui dit que Lepage n’a pas d’ascendance des Premières nations ? Où sont vos tests génétiques attestant de votre bon pourcentage de gênes vous accordant le droit de parler au nom des Premières nations, vous, et pas lui ?

Si c’est « aussi » ça le théâtre, faire en sorte que les Premières nations parlent des Premières nations, c’est donc que le théâtre peut être « aussi » autre chose qui consiste à se mettre dans la peau de l’autre, quelle que soient nos ascendances.

L’un n’empêche pas l’autre

La cause du théâtre et des infinies manières de le pratiquer n’est pas compatible avec les oukases et les dénonciations intempestives. Rien n’empêche les Premières nations de créer des spectacles qui pourraient voyager partout dans le monde. Rien sauf ce qui régit tous les arts. à savoir le fait que les succès se bâtissent longtemps d’avance, sur des générations.

Quoi qu’il en soit… ne reste qu’à faire en sorte que le théâtre des Premières nations, une nouveauté dans la culture des Premières nations, grandisse en âge et en sagesse, pour qu’il soit reconnu et célébré partout dans le monde… et… ce n’est pas en blâmant les autres que cela pourra advenir… ni en excommuniant tout ce qui ne carbure pas à la même vision de ce qu’il faut faire pour que le théâtre soit un art vivant, ni en squattant le Théâtre du soleil ou celui de Robert Lepage.

D’ici-là, il faut répondre à la question suivante : pourquoi les oeuvres ce votre compagnie Ondinnok n’ont-elles pas le succès national et international qu’ont celles de Robert Lepage et du Théâtre du Soleil ? Pourquoi l’art inuit a-t-il pénétré le marché international de l’art et pas le théâtre des Premières nations ?

Pourquoi les arts et métiers d’arts visuels du Québec ne sont-ils pas parvenus à pénétrer le marché international de l’art ?

Que faut-il faire pour que les choses changent… ?

Suites1

Le Soleil | 2018 07 20 | Magdaline Boutros – PC
«Kanata»: possibilité de collaborations futures avec des artistes autochtones

Le Journal de Québec | Mathieu Bock-Côté | 2018 07 20
L’histoire pénitentielle du Canada

La Presse | 2018 07 21 | Vicky Fragasso-Marquis | La Presse Canadienne
Kanata: Ariane Mnouchkine persiste et signe et dénonce la censure de SLĀV

«Les artistes, s’ils sont de vrais artistes, ne peuvent pas se transformer en commissaires politiques les uns vis-à-vis les autres», a-t-elle ajouté. [...]

«Je pense que les représentants des Premières Nations ont une démarche beaucoup plus humaine, amicale, tolérante. Je n’ai pas senti du tout la même brutalité (qu’avec SLĀV)», a-t-elle indiqué.

Selon Mme Mnouchkine, les producteurs de SLĀV ont eu tort de céder aux pressions «intégristes» des groupes qui dénonçaient la pièce.

«C’est grave, ce qui se passe», a-t-elle constaté.

RoblertLepage

Suites 2

La controverse a raison d’un deuxième spectacle de Robert Lepage

Les réactions pleuvent après l’annulation de «Kanata»

L’intimidation a eu raison de «Kanata», juge le Théâtre du Soleil

Kanata-Canot

La Presse | 2018 07 27 | Kanata: le Théâtre du Soleil dénonce «l’intimidation» et veut répondre par l’art

le Théâtre du Soleil dénonce «l’intimidation» et veut répondre par<br /><br /><br /><br /><br /><br /><br /><br /><br /><br /><br /><br /><br /><br /><br /><br /><br />
l’art »> 90% des Neufrancien,nes
Le spectacle pourrait mettre en scène une probable descendante d’une Fille du Roy, Audrey Benoit, interpellée de manière odieuse par un machiste de première Thierry Ardisson à Tout le monde en parleArchive INA). Là où elle évoque la différence entre les françaises et les Québécois,es dans leur rapport avec les hommes.

Bref, il y a de quoi faire…

Luc A.

Le grand chef Sioui déplore l’annulation de Kanata

Le grand chef des Hurons-Wendats estime que l’annulation de la pièce «Kanata» de Robert Lepage constitue une occasion ratée de propager une belle image des Premières Nations à l’extérieur du pays.

Mieux vaut tard que jamais, sauf que plus tôt, c’eut été sans doute en mesure de changer la donne…

Annulation de «Kanata»: «il y a eu des dérapages», selon l’Union des artistes

Tout en déplorant l’annulation de Kanata, la présidente de l’Union des artistes estime qu’il est désormais «impossible» de créer des œuvres qui parleront des immigrants ou des Autochtones sans que ces derniers en fassent partie.

Pathétique ! Dans SLAV, 2/6 interprètes noires = 33%, or la seulement 3,2% de Québécois,es sont de race noire. Quel est le problème !? Le spectacle a été interdit de scène, alors que « ces derniers en fassent partie ». L’UDA valide la censure et l’autodafé en ne protestant pas.
 
Quant à KANATA, « Le grand chef des Hurons-Wendats estime que l’annulation de la pièce «Kanata» de Robert Lepage constitue une occasion ratée de propager une belle image des Premières Nations à l’extérieur du pays. »
 
He comment !? Une troupe française (de multiples origines nationales et ethniques), s’emparait de l’Histoire du Cda pour mettre en valeur l’apport des Premières nations. Quel est le problème ?
 
Mieux, Le Théâtre du Soleil offre de créer un festival de théâtre des Premières Nations exclusivement réservé aux compagnies théâtrales des Premières nations de partout dans le monde. L’UDA devrait monter aux baricades pour défendre la liberté de création, non valider sa censure. 

 

Cessons de nous « faire valoir » comme victimes de la société
Bryan Decontie Anishinabeg de Kitigan Zibi

@lire absolument

Poussons l’argument des gens qui ont dénoncé M. Lepage un peu plus loin. Il n’y a pas une nation autochtone, il y a des nations. Je suis algonquin. Si l’on se fie à ce qui se dit, est-ce qu’un Malecite peut utiliser des symboles culturels qui ne sont pas malecites ? Le metteur en scène et artiste malécite doit-il ainsi épurer son spectacle de capteurs de rêves, puisque c’est un symbole ojibwé, ou embaucher un Ojibwé ?

Et poussons l’argument encore plus loin. Les jeunes artistes autochtones de moins de 35 ans doivent-ils taire leur inspiration artistique en ne s’exprimant pas sur les tragédies des écoles résidentielles ? Ce ne sont pas eux qui ont souffert, ce sont leurs parents, après tout. Ils pourront prétendre qu’ils ont souffert eux aussi, soit. Qu’ils s’approprient les souffrances, la peur et de l’anxiété de leurs parents et prétendre qu’elle est la leur, n’est-ce pas une forme d’appropriation ? Ils répondront qu’apporter un point de vue se basant sur l’empathie, n’est-ce pas ça le procédé de création artistique ?

Limpide, complet & décisif !

Bryan Decontie m’enlève les mots de la bouche. Ce n’est pas hygiénique mais c’est à coup sûr on ne peut plus rassérénant ; encourageant.

Si ce texte endossé par d’autres membres respectés des Premières Nations avait été publié pour blâmer l’outrancière débordement de l’émeute médiatique qui a suivi la publication de la lettre qui a provoqué la censure de Kanata nous n’en serions très probablement pas à déplorer le retour de la Grande noirceur intégriste multi-inter-culturaliste. Nous aurions pu juger sur pièce… et continuer à discuter, échanger sans anéantir l’autre.

Faire disparaître l’un, ne fera jamais apparaître l’autre !

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