Polytechnique 6 décembre 1989 | Féminicide égalitaristicide !

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Le Devoir | 2019 12 06 | Marie-Andrée CHOUINARD | Éditorial |
Polytechnique: déni de féminicide |

Féminicide égalitaristicide !

Féminicide en effet. Or, puisqu’il est bel et bien question de féminicide, n’est-il est pas pour le moins hasardeux de prétendre que « 14 femmes ( ont été ) assassinées lors [d’un] attentat anti-féministe ».

En effet, seules des femmes ont été assassinées par l’assaillant qu’elles aient été ou pas féministes ; déclarées ou putatives. En effet, aucun homme n’a été tué ; ni les humanistes ni les hommes féministes ni les hommes féminhumanistes.

De plus, je n’ai lu nulle part que le tueur a épargné les femmes qui n’étaient pas féministes. Il a supposé qu’elles l’étaient toutes, et qu’aucun homme ne l’était. Ce qui est parlant, en soi.

Il importe de bien nommer le réel pour avoir prise sur lui, pour le bien comprendre. Une terre plate ne nomme pas le réel de la planète terre. Il invente une fiction qui n’a rien à voir avec le réel. C’est un réel fabriqué, une réalité donc, culturelle, ontologique, philosophique voire religieuse, ou scientifique ( soi-disant ) qui n’est pas le réel. Il importe de nommer le réel et de le nommer très précisément pour espérer avoir une chance d’avoir prise sur lui.

Ici, il n’est pas question d’attentat anti-féministe, mais bien de féminicide, d’attentat contre LES femmes ; contre toutes les femmes ; toutes les femmes en tant qu’être libre, égales de l’Homme. C’est un attentat anti-égalitarisme. Un égalitaristicide !

Féminicide ; non pas féministicide! Nuance !

Je suis un homme féministe. Je l’étais le 6 décembre 1989 et je le suis encore 30 ans plus tard. Or, ce ne sont que des femmes qui ont été tuées. Pourquoi ? C’est comme si un raciste n’avait tué que des noirs, sans s’en prendre aux antiracistes blancs. Comme si les esclavagistes sudistes ne s’en étaient pris qu’aux esclaves pendant la guerre de Sécession étatsunienne. Ça n’a pas de sens.

L’anti-esclavagisme a fait des gains le jour où des blancs se sont déclarés anti-esclavagistes au point de prendre les armes pour contrer les esclavagistes. Si le féminisme a pu transformer nos sociétés contemporaines depuis 100 ans, c’est parce que l’égalitarisme a été aussi mis de l’avant non seulement par les femmes, mais aussi par des hommes. Si un nombre plus grand d’hommes se disait féministe ; si un nombre plus grand d’hommes se disait égalitariste de manière active et tangible, il ne serait pas venu à l’idée de Marc Lépine ( né Gamil Gharbi (ou Gamil Rodrigue Liass Gharbi ) ) de ne s’en prendre qu’aux femmes pour tenter de « mettre des bâtons dans les roues à ces viragos » égalitaristes.

Le massacre féminicide de polytechnique est un marqueur sociétal à nul autre pareil. Il montre que l’égalité sexuelle est une affaire de femme, et non pas de société ; et tant qu’il en sera ainsi, les femmes seront menacées par des suprémacistes mâles, dont ceux qui imposent la ségrégation sexuelle abrahamique qui a cours dans les religions juive, chrétienne, musulmane, islamiste et sikhe. Cette ségrégation sexuelle qui sépare hommes et femmes à la mosquée, dans la rue comme au café en ne voilant par exemple que les femmes ; cette ségrégation qui exclut les femmes du clergé et de la Curie ; et  celle qui découle de cette culture et qui sépare les femmes des hommes en matière de salaires, avantages, titres et fonctions.

10k ans de ségrégation sexuelle patriarcaliste autocrate irresponsable

Le massacre du 6 décembre 1989 est le tragique reflet de la violence faite aux femmes dans nos cultures patriarcalistes contemporaines. 10k ans de culture patriarcaliste ne s’absolvent pas en quelques siècles. Ici, la violence féminicide est le fait du fils d’un père violent exprimant de manière trébuchante et saignante sa haine des femmes non sans manifestement et activement endosser la pratique de la ségrégation sexuelle abrahamique musulmane qui sépare les hommes des femmes dans la Cité ; qui extirpe les jeunes mâles des bras de leur mère pour les faire entrer dans le monde ségrégationniste dominé par les mâles adultes seuls artisans des achèvements civilisationnels humains ( soi-disant ). Tel père, tel fils.

Il a fallu 30 ans pour admettre le féminicide, faudra-t-il 30 ans encore pour admettre que ce massacre est le résultat de ce que produit la culture et pratique de la ségrégation sexuelle abrahamique patriarcaliste chrétienne et musulmane sous prétexte qu’il ne faut pas stigmatiser les musulman,es ; or, la ségrégation sexuelle n’est pas admissible dans un État de droit démocratique égalitariste ? Quand donc cesserons-nous de l’admettre dans la Cité cette inamissible ségrégation sexuelle ? Quand donc nombre d’hommes cesseront-ils de laisser les femmes montrer au front égalitariste ?

Qu’a fait d’autre Marc Gamil Lépine Gharbi à polytechnique le 6 décembre 1989, sinon séparer les femmes des hommes ? Sinon, d’abord, pratiquer la ségrégation sexuelle abrahamique ? Tout le reste en découle et n’est que littérature quand il est question d’expliquer la violence ségrégationniste abrahamique féminicide.

La Cause des causes !? La domestication du loup

La Cause des causes !? La domestication du loup et ce qui en découle dans le Croissant fertile il y a ± 30k ans. La Cause des causes : comprendre que le mâle y était pour quelque chose dans la reproduction animale et sapienne (logo-parturi-coït-incidence ou coïdence) en observant le cycle de vie plus courts d’autres animaux, les loups apprivoisés devenus chiens. Ce qui en découle !? La mise au point les dispositifs techniques permettant de contrôler la génétique des animaux qu’on domestiquait en faisant s’accoupler telle femelle avec tel mâle sélectionné,es ( ségrégé,es ) pour leurs qualités utiles ( docilité/rapacité, rapidité, etc.  ; dont, isoler les femelles de l’assaut des mâles non sélectionnés dans un lieu clos, l’enclos. En découle la domestication d’autres animaux, l’agriculture pour nourrir ses troupeaux, la Cité, le calcul, l’écriture, et… les religions, etc… Appliquer ensuite ces dispositifs aux humains, donc aux femmes. Leur mise en enclos de la naissance à la mort grâce à l’invention des religions structurant le tout. 

Tout ça pour que tout homme puisse démontrer d’emblée qu’il est bien le père co-géniteur de tels enfants né,es de telle femme ; la sienne comme de raison. Des dispositifs culturels et religieux rendus caduques grâce à la science et les tests génétiques.

L’enjeu ? Un retour de vague patriarcaliste autocrate irresponsable ou la victoire du féminhumanisme démocratique égalitariste ( l’humanisme [ qui s'est trop longtemps demandé doctement si les femmes étaient dotées de vrai intelligence et voire aussi d'une âme ], tel que transformé par le féminisme égalitariste démocratique ).

 

Luc Archambault, féministe féminhumaniste 

 

 

Documentation

Le Giga-Bang culturel sapiens, ou Le Choc sexuel géniteur de l’idée de « Dieu »

« Vénus » de Lespugue (Haute-Garonne) 26 à 24 000 ans AP

De la conscience et de la Connaissance du lien de cause à effet entre coït et reproduction sexuée. Une découverte récente […]

 

 

 

 

Le Devoir | 2019 12 06 | Marie-Andrée Chouinard | Éditorial |

Polytechnique: déni de féminicide |

Trente ans nous séparent de l’accablante horreur du 6 décembre 1989, où de sang-froid et avec préméditation, un Marc Lépine en guerre contre les « féministes » a abattu 14 femmes et en a blessé 10 autres dans l’enceinte de Polytechnique, transformée en l’espace d’une vingtaine de minutes en une scène de carnage. Le passage des années semble avoir tracé une évidence : en pleine tragédie, le Québec d’alors n’a pas su nommer le crime sexiste qui venait de se jouer sous ses yeux horrifiés. C’est peut-être pour compenser l’engourdissement collectif d’alors qu’il faut aujourd’hui, plus que jamais, reconnaître toute la symbolique de ce crime perpétré contre des femmes uniquement parce qu’elles étaient des femmes.

Un déni de féminicide : c’est bel et bien dans cette torpeur que plusieurs voix officielles au Québec — politiques, médiatiques, juridiques — se sont enfermées sur le coup. Plus confortable qu’une analyse politico-sociologique décortiquant les effets du féminisme dans la psyché des hommes, l’hypothèse du tueur brisé psychologiquement a permis en 1989 de couler quelques bonnes heures d’antenne. Pour les survivantes et les témoins de l’époque, ce fut une souffrance qui est venue s’additionner à la douleur causée par la tragédie.

En entrevue cette semaine à Radio-Canada, Catherine Bergeron, soeur de Geneviève, morte à 21 ans sous les tirs de Lépine, rappelait avec justesse et éloquence la difficulté d’entendre parler d’un lot anonyme de « victimes de Polytechnique », une manière de passer sous silence le féminicide de Poly. C’est cette année seulement que la Ville de Montréal a décidé de modifier la plaque commémorative de la place du 6-Décembre-1989 pour y inscrire mieux la nature de l’événement commémoré là. Les « victimes » et la « tragédie » ont été troquées par « 14 femmes assassinées lors [d’un] attentat anti-féministe ».

À quoi servent les commémorations ? Tout d’abord, à un nécessaire rappel des événements. Si douloureuse soit la plongée au coeur de la chronologie du drame, elle permet de comprendre avec quelle apparente lucidité le meurtrier a déambulé ce 6 décembre d’étage en étage, de salle de classe en corridor, choisissant pour cibles les femmes croisées en chemin, invectivant les filles, symboles d’un féminisme qui ne lui revenait pas. «Ces 20 minutes-là », comme le décrit dans un des chapitres de son saisissant ouvrage — Ce jour-là — l’auteure et journaliste Josée Boileau, ancienne rédactrice en chef du Devoir. Vingt minutes de carnage qui ont détruit des vies, anéanti des témoins impuissants, traumatisé des proches, perturbé une société entière, étiqueté Montréal et le Québec à la face du monde comme un endroit où il fut possible de commettre un attentat antiféministe.

Les commémorations servent aussi à mesurer le chemin parcouru. Il est vaste, mais les avancées ont ceci de pervers qu’elles soulignent aussi à grands traits tous les décalages qui pèsent encore sur la conscience sociale. L’écart salarial entre hommes et femmes défavorise encore à plus de 10 % la gent féminine. Surtout, la violence faite aux femmes, même si plus que jamais inscrite dans le débat social dans la foulée de ces grandes envolées nommées #AgressionsNonDénoncées et #MoiAussi, fait encore des victimes. Des femmes meurent et souffrent sous les coups — au Québec, et partout dans le monde — du seul fait d’être nées dans un corps de femme.

Les plus récentes données dévoilées par l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC) révèlent qu’en 2017, 87 000 femmes ont été tuées de manière intentionnelle, et ce, partout sur le globe, sans égard au niveau de développement économique. De ce nombre, près de 60 % ont été éliminées par quelqu’un qu’elles connaissaient. Et le tiers par un conjoint ou un ex-conjoint. Des meurtres qui ne sont « généralement pas la conséquence d’actes spontanés ou isolés, mais plutôt celle d’une accumulation de violences liées au genre », note l’organisme.

Plus près de chez nous, et comme le rapportent nos journalistes dans cette édition commémorative des 30 ans de Poly, 118 femmes et filles sont mortes cette année assassinées par des hommes, révèle l’Observatoire canadien du féminicide pour la justice et la responsabilisation.

Trente ans nous séparent du déni de féminicide qui marqué les suites de Polytechnique. Aujourd’hui, le pouvoir de nommer est bel et bien réel, et Dieumerci, il ne déclenche pas de vagues de protestations divisant la société en des camps s’accablant d’invectives destructrices. Du moins, c’est ce que l’on veut croire ou espérer. Et c’est en nommant la violence dirigée contre les femmes que s’amenuise un des risques les plus imposants dans cette lutte aussi difficile qu’essentielle : celui de la banalisation, qui efface tout sur son passage.

À propos de Luc Archambault

Artiste et citoyen

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